Kin
town
Le bruit de la circulation
sur la voie expresse tangente tranche avec le calme presque désertique
de cette rue pénétrant dans Kin town. À l'abandon,
on pourrait le croire si il n'y avait une ou deux voitures garées
le long du trottoir pour démentir. Pas de visages pour témoigner
de la vie qui habite ces bâtisses délavées. À
une heure où la voie expresse adjacente ronfle des retours de
bureau, ce quartier sonne vide. En d'autres lieux les rues seraient
bondées de travailleurs sur le chemin du retour, " home
sweet home ". Kin town reste silencieux, trop même pour ressembler
à un dimanche.
Ville fantôme aux allures tirée d'une production hollywoodienne,
séquence calme Vietnam derrière la ligne de front. Avec
l'implantation des marines, opportunité trop belle pour la manquer,
place au " business ". Depuis, couche après couche,
le rêve s'est effacé, les rayures et les étoiles
s'effritent, manifeste d'une époque terminée. Tout ce
qui reste maintenant survit.
Parallèle à la route adjacente la rue progresse. Toujours
personne. Le ronflement des voitures n'est pas loin mais le sommeil
de la rue reste imperturbée pendant qu'une impression incongrue
ralentit le pas. Passé le troisième ou quatrième
bâtiment, l'antinomie de la rue déserte rend obsolète
chaque hôtel qui s'ajoute au autres déjà passés.
D'autres types de commerces semblent exclus laissant champ libre aux
hôtels, clubs ou cabarets souvent baptisés d'un nom américanisant
" Stars and stripes ". De " Dream Kids " à
" New York ", sans la proximité de la base militaire
américaine de l'autre côté de la route, on pourrait
croire à du fanatisme. L'étrange exotisme de ces noms
qui signent les panneaux lumineux suggère que la clientèle
vient d'ailleurs. Un endroit où " Hawaii " fait rêver.
Côté camp Hansen peut-être.
Le temps s'est arrêté aux fantasmes exotiques des années
soixante. Depuis, le même décor accueille les visiteurs,
mais pas tout le monde n'est convié. Dix-sept heure, vitres teintées
et stores tombés, tout est fermé, opaque à l'il
du visiteur diurne.
Au centre on trouve la place principale, un parking au sol de gravier
inégal. Suffisance fonctionnelle, la voiture garée, on
va à l'action qui se trouve derrière un de ces rideaux
de métal.